MON CABINET DE CURIOSITES

AMEN

“When you shit, as you first sit down, you’re not fully in the experience yet. You are not yet a shitting person. You’re transitioning from a person about to shit to a person who is shitting. You don’t whip out your smartphone or a newspaper right away. It takes a minute to get the first shit out of the way and get in the zone and get comfortable. Once you reach that moment, that’s when it gets really nice. It’s a powerful experience, shitting. There’s something magical about it, profound even. I think God made humans shit in the way we do because it brings us back down to earth and gives us humility. I don’t care who you are, we all shit the same. Beyoncé shits. The pope shits. The Queen of England shits. When we shit we forget our airs and our graces, we forget how famous or how rich we are. All of that goes away. You are never more yourself than when you’re taking a shit. You have that moment where you realize, This is me. This is who I am.”

Trevor Noah, Born a Crime : Stories from a South African Childhood

Manières d’être vivant / Partie 2 (extraits)

Dans la langue d’un peuple sibérien de chasseurs, le mot “chance” se dit “silence de la forêt”. Demain nous ferons moins de bruit. 

Une biche est au bord d’un précipice avec son faon, un loup apparaît. Si elle ne disposait que d’un réflexe de fuite, une réaction automatique, elle risquerait de sauter ; mais elle dispose d’un parlement d’émotions pour composer la crainte du loup et le risque du vide, l’attachement à l’enfant et le goût de la vie, elle dispose pour guide du sel du vécu : les émotions ambiguës. 

La fonction d’un organe est certes son effet sélectionné, mais sélectionné quand? Ce caractère a peut-être des millions d’années, il a pu connaître différentes phases de sélection successives, hétérogènes, voire contradictoires : laquelle est la bonne ou la vraie? Les dinosaures coureurs avaient des plumes des millions d’années avant qu’ils puissent voler. Elles leur servaient à réguler leur température et à la parade. Dira-t-on que la fonction des plumes est le vol? Souvent, en effet, on se contente de noter quel usage dominant est rempli aujourd’hui sous nos yeux par l’organe et on le projette dans le passé comme sa vérité. (…) La liberté du vivant, c’est que bruissent mille fonctions passées dans chaque organe, et qu’il est conséquemment disponible pour l’invention d’usages. (…) Comme d’habitude avec la vie, chacun fait ce qu’il veut de ce que l’évolution a fait de lui, chacun subvertit, détourne, et invente à partir de la richesse de ses héritages. 

Le hurlement chorus est un chant opaque, métaphorique, spectral, pour ne pas délivrer à une meute inconnue trop d’informations exploitables sur la composition et la taille de la meute. Pour sembler plus nombreuse, plus puissante, plus insaisissable. Pour se nimber d’incertitude. Pour agrandir son ombre. 

La synthèse de tous les savoir contemporains sur le loup, dirigée par des chercheurs qui y ont consacré leur vie, L. David Mech et Luigi Boitani, intitulée Wolves : Behavior, Ecology and Conservation. C’est un grimoire écrit petit, surchargé de savoir microscopiques et d’humilités. On y trouve des nuances de cet ordre : les loups mâles donnent de la voix à travers une octave, passant à une basse profonde avec un accent sur le o, tandis que les femelles produisent un baryton nasal modulé avec un accent sur le u. On y apprend que le hurlement se compose d’une fréquence fondamentale qui peut se situer entre 150 et 780 hertz et comprendre jusqu’à douze harmoniques. Quand je soulève ce livre, et sa masse d’informations infinitésimales, volontiers inutilisables, il pèse entre mes doigts comme la preuve émouvante de notre obsession emphatique envers les autres formes de vie : des milliers de pages, des vies entières vouées à comprendre un peu mieux d’autres manières d’être vivant. Les traités d’histoire naturelle sont chargés d’une portée politique inaperçue. Des grimoires diplomatiques compilant maladroitement les manières de comprendre comment vivent et se tissent à nous les cohabitants de la Terre. Et, de là, les égards ajustés à établir envers eux. Ils sont chargés aussi d’une tonalité affective nouvelle : un désespoir de comprendre ces aliens familiers, d’y accéder, qui ressemble à l’obsession avec laquelle un amant transparent observe l’être aimé, beau d’être concentré sur une tâche, occupé à vivre, inaccessible – en un mot, c’est de l’amour interspécifique non partagé. 

Traduire l’intraduisible, c’est la tâche impossible et nécessaire du traducteur de poésie, parce qu’il faut bien perforer la barrière des significations des autres, et que l’altérité incompressible des formes de vie est aussi ténue qu’un duvet de mésange. 

Edgar Wind écrit : “Un grand symbole est l’opposé du Sphinx : il a encore plus de vie une fois l’énigme résolue”. Il en est de même pour les significations dans le vivant : une fois qu’on en a trouvé une, qu’on a résolu une énigme, il n’est pas désenchanté, mais plus vivant, parce qu’un peu de lumière rend visible les jeux possibles entre ce sens élucidé et tous les autres qui bruissent autour de lui. 

Ce qui est fascinant, c’est que la meute a ses propres logiques de déplacement. Leur trajectoire n’erre pas, elle file comme une lame de couteau. (…) Quand on est égaré en forêt, il est curieusement salvateur de trouver des traces de loups car, si les loups sont passés par là, cela indique que le chemin débouche sur quelque chose et va de manière optimale chevaucher les pistes humaines, nous ramener à la “civilisation”. (…) Je songe à un conte tanaina, des Amérindiens d’Alaska : ce conte conseille au marcheur égaré en forêt d’appeler le loup à l’aide pour retrouver son chemin. (…) Le grand danger ici est le salut là-bas. 

Les loups disposent de glandes autour de l’anus et entre les doigts, riches d’une potion dont ils enduisent leurs excréments, ou qu’ils frottent dans la terre (le gratis). Cette potion recèle une large palette d’informations pour un museau de loup : elle révèle l’identité de celui qui a marqué, la meute à laquelle il appartient, son régime actuel, sa disponibilité sexuelle, et jusqu’à son état émotionnel (son degré de stress par exemple). C’est en ce sens que c’est un blason ou un passeport biométrique érigé en blason. 

Mais comment est-ce possible, qu’un loup sauvage inconnu réponde à nos appels? Et simultanément : pourquoi pas? Nous sommes des vivants comme lui, partageant des puissances vocales et des problématiques vitales. Il est très loin, c’est saisissant : son hurlement dans le vent semble venir de l’ouest, plein ouest, sur la montagne d’en face, à plus de cinq kilomètres, peut-être même sur la crête suivante. Le son nous arrive dans le vent, comme un spectre, peu localisable, comme d’un autre monde, si loin, et pourtant perçant la malédiction de la distance. Son chant est long, mélodieux, interrogateur, presque lascif, on sent presque la joie de moduler la longe plainte, la joie de hurler, d’annuler la distance, d’aller à la vitesse du son, transcendant avec le corps les limites du corps. La joie de s’entendre et de se retrouver dans ce paysage nocturne, désolé, solitaire. Nous hurlons encore, le dialogue dure, il répond à chacun d’entre nous individuellement, quatre fois, cinq fois, puis, nous nous taisons ensemble. Je songe à cet aveu d’un chanteur lyrique, interprète des opéras les plus raffinés, entendu un jour à la radio : “Le chant… C’est ce qui me reste du loup”. 

Le vivant se sédiments temporellement comme la roche, mais la différence entre lui et elle, c’est que dans le vivant les couches d’ancestralité sont toutes simultanément disponibles à la surface, et se composent ensemble malgré leur ancienneté différente : dans l’acte d’écrire ces lignes, le pouce opposable offert par les primates il y a trois millions d’années s’allie à l’oeil-puits, que j’hérite d’un ancêtre du Cambrien (540 millions d’années), et les deux s’allient à l’écriture, technique apparue il y a quelque six mille ans. Les ancestralités animales sont comme des spectres qui vous hantent, en remontant à la surface du présent. Des spectres bienveillants, qui vous viennent en aide, qui font de vous un animal, animal total, métamorphe comme le dieu Pan, lorsque le besoin s’en fait sentir, pour inventer une solution inouïe au problème de vivre. 

Ils n’avaient pas répondu cette nuit, mais ils ont avancé à notre rencontre. Ils ont bien répondu en un sens, mais c’est ce sens qui est fascinant, car ils ont répondu sans répondre comme on l’attendait. Pas d’acte réflexe en réaction à un stimulus, pas d’instinct qui les condamne à hurler si on le déclenche : leur refus de répondre est aussi une réponse, c’est une réponse plus active encore, parce que c’est une retenue, la vertu inverse de la démesure féroce qu’on fantasme aux fauves. Puisqu’ils sont venus, le fait qu’ils n’ont pas répondu apparait bien comme une puissance d’affirmation existentielle : ce n’est pas qu’ils n’ont pas répondu parce qu’on a mal mimé, et pas réussi à activer leur réflexe de hurlement. C’est la manifestation chez eux d’une intériorité décisionnelle complexe. Ils imposent ce sentiment d’un acte affirmateur de leur part, d’autant plus qu’ils se soustraient à notre autorité. Et notre biais humain de maîtres de la terre nous amène à prendre d’autant plus au sérieux la consistance ontologique d’un autre qui se soustrait à notre appel. (…) Ils n’ont pas répondu vocalement, mais ils ont inventé une manière de répondre qui n’était pas commandé par notre appel : ils ont fait ce qu’ils voulaient de notre demande. Ils ont ainsi activé la forme la plus haute de dialogue, celle où l’on répond bien à celui qui interroge, mais en refusant la normativité de sa question, en en faisant autre chose. (…) Dialoguer sans subir la contrainte toujours latente dans une question : c’est comme si la meute reprenait mot pour mot à son compte la phrase que Nietzsche s’applique à lui-même dans Ecce Homo : “Je suis trop curieuse, trop incrédule, trop pétulante pour permettre que l’on me pose une question grosse comme le poing”. Quelle étrange émotion d’être l’objet de la curiosité d’un animal, qui vient vous voir depuis bien loin, dans la nuit, pour savoir qui vous êtes, alors même qu’il sait que vous n’êtes pas qui vous prétendez être, qu’il sait que vous n’êtes ni de la meute, ni même un loup : et pourtant, il enquête. Inversion nourrissante : être l’objet de l’enquête d’un fauve. 

« Manières d’être vivant », Baptiste Morizot, Actes Sud, coll. « Mondes sauvages », 2020

Manières d’être vivant / Partie 1 (extraits)

Mon amour de chevet du moment : “Manières d’être vivant” du philosophe Baptiste Morizot. Pour vous donner envie de le lire (peut-être…), voici quelques extraits de la première partie.

La crise écologique actuelle, plus qu’une crise des sociétés humaines d’un côté, ou des vivants de l’autre, est une crise de nos relations au vivant. C’est spectaculairement d’abord une crise de nos relations productives aux milieux vivants, visible dans la frénésie extractiviste et financiarisée de l’économie politique dominante. Mais c’est aussi une crise de nos relations collectives et existentielles, de nos branchements et affiliations aux vivants, qui commandent la question de leur importance, par lesquels ils sont de notre monde, ou hors de notre monde perceptif, affectif et politique. 

D’un certain point de vue, il est vrai que l’on a perdu une certaine sensibilité : l’urbanisation massive, le fait de ne pas vivre au quotidien au contact de formes de vies multiples, nous ont dépris des puissances de pistage – et j’entends le pistage dans un sens philosophiquement enrichi, comme la sensibilité et la disponibilité aux signes des autres formes de vie. (…) L’idée de “perte” de sensibilité est néanmoins ambiguë dans sa formulation même. Le malentendu de cette idée revient en effet à ce qu’elle semble receler quelque chose comme un primitivisme nostalgique, qui n’est pas pertinent dans cette affaire. Ce n’était pas forcément “mieux avant”, et il ne s’agit pas de revenir à des formes de vie dans les bois. Tout l’enjeu est précisément qu’il s’agit de les inventer. 

Les animaux ne sont pas seulement dignes d’une attention infantile ou morale : ils sont les cohabitants de la Terre avec qui nous partageons une ascendance, l’énigme d’être vivant, et la responsabilité de cohabiter décemment. Le mystère d’être un corps, un corps qui interprète et vit sa vie, est partagé par tout le vivant : c’est la condition vitale universelle, et c’est elle qui mérite d’appeler le sentiment d’appartenance le plus puissant. L’animal est ainsi un intercesseur privilégié avec l’énigme originelle, celle de notre manière d’être vivant : il manifeste une altérité complète, et en même temps il est assez proche de nous pour que mille formes de parallèles, de convergences, soient sensibles, avec les mammifères, les oiseaux, les pieuvres, jusqu’aux insectes. Ce sont eux qui permettent de reconstituer des chemins de sensibilité au vivant en général, précisément du fait de leur position liminaire, de leur intime altérité à notre égard. Ils nous permettent de sentir, par gradation, nos affiliations aux végétaux, aux bactéries, qui sont plus loin dans notre généalogie commune : des parents si étrangers qu’il est moins évident de se sentir vivants comme eux. Cela exige des passeurs : les animaux sont des intercesseurs dotés d’un tel pouvoir. 

Et pourtant, nous héritons d”une conception du monde qui a avili l’animal, elle est bien visible dans notre langue, qui cristallise des réflexes de pensées. (…) Ces rapports compliqués à l’animalité trouvent, en effet, une part de leur origine dans le monopole de l’anthropologie philosophique dualiste, qui court du judéo-christianisme jusqu’au freudisme. Cette conception occidentale pense l’animalité comme une bestialité intérieure que l’humain doit surmonter pour se “civiliser” ou, à l’opposé, comme une primarité plus pure dans laquelle il se ressource, retrouvant par là une sauvagerie plus authentique, libérée des normes sociales. Ces deux imaginaires semblent opposés, alors que rien n’est moins juste : le second n’est que le revers de l’autre, construit par réaction et opposition symétrique. 

Les animaux ne sont pas plus bestiaux que nous, pas plus qu’ils ne sont plus libres. Ils n’incarnent pas une sauvagerie débridée et féroce (c’est un mythe de domesticateur), pas plus qu’une innocence plus pure (c’est son envers réactif). Ils ne sont pas supérieures à l’humain en authenticité ou inférieurs en élévation : ils incarnent avant tout d’autres manières d’être vivant. 

Accepter notre identité de vivant, renouer avec notre animalité pensée ni comme primalité à surmonter, ni comme sauvagerie plus pure, mais comme héritage riche à recueillir et à moduler, c’est accepter notre destin commun avec le reste des vivants. 

L’enjeu, c’est que nos rapports au vivant actuels deviennent intolérables. Que l’idée de disparition des oiseaux des champs, des insectes européens, et plus largement, des autres formes de vie autour, par inaction, écofragmentation et extractivisme (ce stade obsessionnel de l’industrie extractive qui considère tout comme des ressources), nous devienne aussi intolérable que la monarchie de droit divin. Et ce en. Préparant des rencontres qui font entrer les vivants dans l’espace politique de ce qui mérite attention : c’est-à-dire qui appelle qu’on y soit attentif et attentionné. (…) Les arts de l’attention politique auront changé lorsque nous vivront le pillage de la vie océan, la crise des pollinisateurs, comme aussi intolérables que la monarchie de droit divin. Le mépris d’une part de l’agriculture industrielle à intrants envers la faune des sols comme aussi intolérable que l’interdiction de l’avortement. 

Le problème de notre crise écologique systémique, s’il veut être compris dans sa dimension la plus structurelle, est un problème d’habitat. (…) L’une des causes majeures de l’extinction actuelle de la biodiversité est l’écofragmentation. A savoir la fragmentation invisible des habitats des autres vivants, qui les détruit sans qu’on s’en rende compte, parce qu’on a fait passer nos routes, nos villes, nos industries, sur les chemins discrets et familiers qui assurent leur existence, leur prospérité durable comme populations. (…) La crise de notre manière d’habiter revient à refuser aux autres le statut d’habitants. L’enjeu est donc de repeupler, au sens philosophique de rendre visible que la myriade de formes de vie qui constituent nos milieux donateurs sont elles aussi, depuis toujours, non pas un décor pour nos tribulations humaines, mais les habitants de plein droit de ce monde. Parce qu’ils le FONT par leur présence. La micro faune des sols fait, littéralement, les forêts et les champs. Les forêts et la vie végétale des océans fabriquent l’air respirable qui nous accueille. Les pollinisateurs font, littéralement, ce que nous appelons, candides, le “printemps”, comme si c’était un cadeau de l’univers, ou du soleil : non, c’est leur action bourdonnante, invisible et planétaire, qui appelle chaque année au monde, à la sortie de l’hiver, les fleurs, les fruits, les dons de la terre, et leur retour immémorial. 

« Manières d’être vivant », Baptiste Morizot, Actes Sud, coll. « Mondes sauvages », 2020

Tout est dit…

« Ce qui compte vraiment dans la sauvegarde des condors et de leurs congénères, ce n’est pas tant que nous avons besoin des condors, c’est que nous avons besoin des qualités humaines qui sont nécessaires pour les sauver car ce sont celles-là mêmes qu’il nous faut pour nous sauver nous-mêmes »

« What really matters in the preservation of condors and their congeners is not so much that we need condors, it is that we need the human qualities that are necessary to save them because they are the same ones that we need to save ourselves » Ian Macmillan, 1870

DAILY RITUALS : WOMEN AT WORK

As promised, here are some excerpts to give you a glimpse of “Daily Rituals : Women At Work”. It was written after “Daily Rituals : How Great Minds Make Time, Find Inspiration, and Get To Work” where Mason Currey realised he had not left enough space to women’s artists (in the first volume, of the 161 figures included, only 27 were women). I couldn’t advise you enough to read it as the context in which these women created is way more explained in the book and makes it absolutely thrilling to read. 

When faced with with the prospect of developing a new piece, Pina Bausch’s immediate response was closer to despair than enthusiasm : “Each time is a torture. Why am I doing it? After so many years, I still haven’t learnt. With every piece I have to start from the beginning again. That’s difficult. I always have the feeling that I never achieve what I want to achieve. But no sooner has a premiere passed than I am already making new plans. Where does this power come from? Yes, discipline is important. You simply have to keep working and suddenly, something emerges – something very small. I don’t know where that will lead, but it is as if someone is switching on a light. You have renewed courage to keep on working and you are excited again”. 

Margaret Mitchell estimated that with a few exceptions, each chapter of Gone with the wind was rewritten at least 20 times.

According to Colette, her husband would lock her in her writing room and wouldn’t allow her to emerge until she had completed her daily quota of pages. “A prison is indeed one of the best workshops,” she wrote many years later. “Four hours’ claustration before I was free again”. Colette eventually divorced and began publishing in her own name. 

Lillian Hellman posted a warning on the door of her study : THIS ROOM IS USED FOR WORK. DO NOT ENTER WITHOUT KNOCKING. AFTER YOU KNOCK, WAIT FOR AN ANSWER. IF YOU GET NO ANSWER, GO AWAY AND DON’T COME BACK. THIS MEANS EVERYBODY. THIS MEANS YOU. THIS MEANS NIGHT OR DAY. 

According to Birgit Nilsson the secret to her success was due to comfortable shoes. 

Katherine Anne Porter’s novel, Ship of Fools, took her twenty years to write. But she said : “It doesn’t actually take me a long time to write. I write at top speed, but there are long intervals because things form slowly and I don’t write until it is about absolutely ready to go”.

“When I had my first child, and I would be in the studio but I wouldn’t be working, and I would just be staring – I felt really guilty about it”, Julie Mehretu said. “But then I realised, it is such an important part of the process and so much comes from that process of just connecting with the work”.

Joan Mitchell progressed slowly, sometimes spending months on a single painting. “The idea of action painting is a joke”, she said. “There is no action, here. I paint a little. Then, I sit and I look at the painting, sometimes for hours. Eventually, the painting tells me what to do”.

Coco Chanel worked six days a week, and dreaded Sundays and holidays. As she told one confidant, “That word, ‘vacation’ makes me sweat”. 

Katherine Mansfield was a master of the writerly art of procrastination. “All was to be written but I just didn’t write it. I thought I would but I felt tired after tea and rested instead. Is it good or bad in me to behave so? I have a sense of guilt but at the same time I know that to rest is the very best thing I can do…”. 

From the age of 21 till the end of her life, Edna Ferber sat down at the typewriter every morning at 9 am and aimed for one thousand words a day. 

“Few people can be so tortured by writing as I am” Virginia Woolf said. “Only Flaubert I think”. For most of her life, she stuck to a daily routine of writing from 10 am to 1pm, and she used a diary to keep track of her output and chide herself for unproductive days.

When Rachel Whiteread hits a creative block, which does happen, there is no magic formula for overcoming it : “You just carry on working and making drawing and just doing the same things over and over again”.

For outdoor writing and sleeping, Bourke-White employed “a piece of garden furniture on wheels, with a little fringed half-canopy on top” she wrote. “It was wide and luxurious and when it was made up with light quilts and a candle on each side, and reflected in the swimming pool, it was a child’s dream of a bed made for a princess”. Margaret Bourke White was so focused on her work, that when her friend Nina Leen, the Life photographer, asked her for lunch, she said : “I am writing a book and there is no hope for a lunch before several years”. 

When a fan once asked Gertrude Lawrence’s doctor what vitamins she took to be so energetic, the doctor replied : “Vitamins should take Gertrude Lawrence”. 

By the 70’s, Agnes Martin’s gallerist in New York was selling her work for increasingly large sums. Still, she never upgraded her lifestyle beyond the most primitive living conditions. For years, she worked in a studio with no electricity or running water and slept in a camper mounted in the back of a pickup truck. 

Alice Walker has said that for new books, she requires gestation periods of a year or two before she actually put pen to paper. She used that time to think deeply about the book and to “just clear the horizon for one thing. In order to invite any kind of guest, including creativity, you have to make room for it”. 

“I have found that the key to not being blocked is not to worry about it. Ever” said Carole King in a 1989 interview. “If you are sitting down and you feel that you want to write and nothing is coming, you get up and do something else. Then you come back and try again. But you do it in a relaxed manner. Trust that it will be there. If it ever was once and you’ve ever done it one, it will be back. It always come back and the only thing that is a problem is when you get in your own way worrying about it”. 

Even though Susan Sontag believed that writing every day would be best, she was never able to do so herself. Instead she wrote in “very long, intense, obsessional stretches” of 18, 20 or 24 hours. “My writing is extremely painstaking and painful, and the first draft is usually awful”. The hardest part was to get that initial draft. She would rework it many times, going through 10 to 20 drafts, regularly taking months to complete a single essay. “When I was writing the last pages of the Benefactor, I didn’t sleep or eat or change clothes for days. At the very end, I couldn’t even stop to light my own cigarettes. I had David stand by and light them for me while I kept typing”. 

Marguerite Duras said of her writing process : “It is like a crisis I handle as best as I can”. Writing wasn’t something she did regularly or on any kind of timetable. Instead, when a book idea came to her, it obsessed her and took over her life. She wrote her 1950 novel The Sea Wall in eight months. “Working at her desk without a break from five in the morning to eleven at night”. 

Penelope Fitzgerald was a star student at Oxford in the 1930’s and was widely expected to go on a brilliant literary career. As it turned out, she didn’t publish her first book until she was 58 years old. Eleven more books followed and her last novel The Blue Flowers made her an unlikely literary celebrity at age 80. “I’ve come to see art as the most important thing but not to regret I haven’t spent my life on it”. 

Kate Chopin spent only an average of one or two mornings a week on the physical act of writing. Her son Felix said : “I have seen her go weeks and weeks without an idea, then suddenly grab her pencil and old lapboard and in a couple of hours, her story was complete and off to the publisher”. 

According to Anna Pavlova’s husband and manager, Victor Dandré, while she was on tour, “the whole of Pavlova’s life was regulated by the clock and nothing was allowed to interfere with the routine”. “People imagine that as ballerinas, we lead a frivolous life”, she said, “but the fact is we cannot. We have to choose between frivolity and our art. The two are incompatible”. 

Maggi Hambling is wide awake at 5am every morning, “full of optimism, “and with a cup of tea she goes straight to her studio”. “The first thing I do every day is to draw in a sketchbook to renew the sense of touch, much as a pianist practices scales”. 

Maggie Nelson says that a lot of her writing starts as intensive “reading cycles” during which she’ll make notes in the margins of books. “And then it seems like I’ve hit some kind of tipping point where the research should be over and the writing part should happen”. 

Harriet Martineau, the first female sociologist, earned enough money to support herself solely by writing, a rare feat for a woman in Victorian England. By forcing herself to start working for only 15 minutes, she found that she was spared from “those embarrassments and depressions which I see afflicting many an author who waits for a mood instead of summoning it”. 

Doris Lessing wrote about the creative process : “We all of us have limited amounts of energy, and I am sure the people who are successful have learned either by instinct or consciously, to use their energies well instead of spilling them about. (…) Trial and error, and then when you’ve found your needs, what feeds you, what is your instinctive rhythm and routine, then cherish it”. 

Women At Work, Mason Currey, 2019, Picador